Véritable sentinelle de l’Atlantique érigée au 19ème siècle entre l’île d’Oléron et l’île d’Aix, fort Boyard se trouve aujourd’hui fragilisé par les tempêtes subies au fil du temps. Une vulnérabilité amplifiée par la perte de ses éléments de protection d’origine. Son propriétaire, le Département de Charente-Maritime, a entrepris une restauration d’envergure urgente qui consiste en :
- la réfection de la risberme, une ceinture de 6 m de large qui limite l’érosion des fondations
(béton prêt à l’emploi), - la reconstitution de l’éperon pour contrer la houle et les courants marins, et d’un havre d’accostage
à l’arrière du fort (éléments préfabriqués en béton).
Afin de réaliser ces travaux rapidement et dans l’esprit de la construction originelle, l’industriel EDYCEM mobilise son expertise béton, aux côtés de son client ETPO. L’accès au site, contraint par les vents, les marées et la houle, impose des moyens logistiques inédits pour les deux équipes. Deux premières phases de ce chantier hors norme, concernant la risberme, viennent de s’achever :
- en septembre, 20 m³ de béton (soit 3 toupies), spécialement formulés par EDYCEM pour répondre aux conditions extrêmes du fort, ont été acheminés par hélicoptère. Durant trois jours, près de 40 rotations ont été effectuées pour combler une cavité difficile d’accès.
- en octobre, un camion mixo-pompe EDYCEM de la centrale de Rochefort, est monté à bord d’une barge du Département de Charente-Maritime pour une opération de coulage en pleine mer. Un chauffeur EDYCEM a été accompagné spécifiquement pour cette intervention inédite. Il pourra ainsi réaliser les prochains voyages qui se dérouleront jusqu’en 2027 pour une quantité de 300 m³ au total.
Le chantier « protection » du fort Boyard doit être livré mi 2028 pour permettre l’ouverture au public durant l’été 2028. Entre le béton prêt à l’emploi coulé sur place et les éléments XXL en béton préfabriqué formulés par EDYCEM, le chantier nécessitera un volume total de près de 5 000 m³.

Des formules béton performantes dédiées à l’ouvrage d’art
Pour ce chantier soumis au fascicule 65A du génie civil, EDYCEM a conduit l’ensemble des études laboratoire : essais, formulation sur-mesure et validation des bétons techniques pour chaque typologie afin de répondre aux conditions extrêmes du site. Parmi les solutions mises en œuvre au niveau de la risberme :
- bétons colloïdaux PM-ES retardés pour les phases sous-marines,
- bétons structuraux C45/45 pour les fondations,
- bétons de propreté.
Il est essentiel de maintenir la rhéologie (plasticité) des bétons sur plusieurs heures, le temps du chargement, de la traversée puis du coulage. Ils doivent offrir le bon équilibre entre fluidité et cohésion. L’ensemble des bétons EDYCEM provient de sa centrale de Rochefort à proximité immédiate du chantier. Une exigence pour le maître d’ouvrage qui a fait appel majoritairement à des entreprises du tissu local.
Un chantier unique entre ciel et mer
« L’expertise d’EDYCEM et la qualité des formulations béton ont été déterminantes pour sécuriser les phases de coulage en pleine mer, sous la surface de l’ouvrage. Les travaux de réfection d’urgence de la risberme ont été réalisés par hélicoptère mais les autres sont prévus via bateau. Ces interventions nécessitent une planification minutieuse, totalement conditionnée par les prévisions météo-océaniques avancées et les forts coefficients de marée. » explique Julien Merceron, Directeur de Travaux ETPO
Les livraisons en bateau suivent le rythme des marées. Un camion mixo-pompe EDYCEM prend place à bord de la barge. Il faut compter environ 45 minutes de navigation entre la Pointe de la Fumée au-dessus de Rochefort et le fort Boyard. Afin de rejoindre le fort sans risque d’échouage, l’intervention prend en compte plusieurs critères météo-océaniques : une hauteur d’eau minimale, un faible coefficient de marée pour allonger la plage de travail, un vent inférieur à 40 km/h et une houle réduite de moins de 50 cm.
Une fois la barge stabilisée à l’aide de trois corps-morts et de deux pieux, le camion mixo-pompe déploie sa flèche pour couler le béton jusqu’au pied des ouvrages. Sous l’eau, des scaphandriers (TETIS – filiale de Spie batignolles ETPO) assurent la mise en œuvre spectaculaire. Lorsque la toupie revient à quai, un second camion la remplie sans qu’elle n’ait besoin de descendre de la barge. Cette logistique permet de gagner en sécurité et en temps sur le nouvel aller/retour.
« Intervenir sur fort Boyard, c’est mobiliser l’ensemble de notre chaîne de compétences : préparation, formulation, logistique et savoir-faire chantier. C’est cette capacité collective à s’adapter qui fait la force d’EDYCEM sur un projet aussi singulier. », détaille Wilfried Decombredet, Directeur BPE région Nouvelle Aquitaine EDYCEM.
« Dans ce type d’environnement, la rigueur et l’anticipation sont indispensables. Chaque geste est préparé pour garantir la sécurité et la préservation de l’environnement en mer comme à quai. », rappelle Carole Rembaud, Responsable HSE EDYCEM.
Des éléments préfabriqués maîtrisés esthétiquement et techniquement
La conception et la fabrication des futurs ouvrages en béton préfabriqué (du havre et de l’éperon)
s’inscrivent dans une opération d’envergure. Elle sera menée tout au long de l’année 2026 à
Saint-Nazaire, au sein du grand port maritime.
Une manœuvre logistique hors norme sera ensuite mise en place pour permettre l’acheminement
des deux éléments préfabriqués par remorquage jusqu’au fort. Pesant deux à quatre mille tonnes,
soit approximativement 2 500 m³ de béton au total, ils seront échoués et lestés sur place.
Un travail approfondi sur la teinte du béton permettra d’assurer la cohérence esthétique entre les parties
existantes et les futurs éléments préfabriqués du havre et de l’éperon.